Un samedi idéal au festival Visions#5

Du 4 au 7 août dernier a eu lieu à Plougonvelin la cinquième édition d’un festival qui ne se fout pas de notre gueule. J’avais demandé comme pour chaque festival qui m’intéresse une accréditation, pour pouvoir effectuer un travail rédactionnel ou audio en plus de profiter pleinement de la fête. L’orga m’avait répondu qu’ils avaient peu de moyen et donc ne faisaient pas d’accréd’. J’avais donc payé ma place pour le samedi sans rechigner afin de vivre tout de même l’expérience qui me paraissait exceptionnelle de l’extérieur. Et je ne fus pas déçu, tellement content d’avoir payé pour ça. J’ai d’ailleurs décidé d’écrire quand même un article, sans rien attendre en retour, juste pour remercier Les Disques Anonymes de faire exister ce festival génial, en tentant de retranscrire avec le plus de justesse possible ce qui a pu s’y passer. C’est parti.

« Visionnaire, idyllique, obscur et brulant » nous dit Bastien, un festivalier que je rencontre le premier soir et qui a hâte d’en découdre. « Ça incite au chill, à une déconnexion totale » me dira plus tard Jeanne, ayant découvert l’existence du festival quand AZF annonçait qu’elle y participait avec December pour son projet Soft War.

Le cadre était plus que parfait, « incroyable, intense et unique » ajoute Bastien, venu chercher ici « un sentiment d’évasion ». Le temps était tellement clément, l’atmosphère éloquente nous a pris tous par un. Violence et Abnégation étaient présents, ils pourraient être élus qualificatifs officiels de cette superbe matière sonore offerte, entre techno sombre, expériences extrêmes et envolées noisy. La programmation extra-conventionnelle d’une puissance exceptionnelle était un fait. Mais ce n’était pas que ça. Les individus subtiles et sensibles ayant rempli l’espace étaient l’Exceptionnel. Visions diurnes, Visions nocturnes, l’entente était presque toujours claire et limpide. Coup de chapeau aux organisateurs, une équipe de l’ombre toujours au moulin pendant que nous brûlions tranquillement sous les tropiques des concerts, nous les capricornes (les pieds bien ancrés dans la terre).

Pour nous faire nous envoler c’est Puzupuzu qui ouvrait le bal, short flex et sourire de braise. Premier à envoyer sur la scène 1, il commençait aisément avec peu de manière, amusait ses aimants avec peu de matière, elle qui s’entrechoquait entre les cymbales remaniées et déstructurées d’un rythme irrégulier mais singulier. Déjà un danseur se levait et exprimait sa joie de vivre cette occasion. Puis plus le DJ évoluait dans son set et plus d’autres garçons et filles se levaient et rejoignaient le cercle de chaleurs se formant peu à peu devant nos yeux. Bientôt différentes beautés – de tous les sexes – se relayaient pour aller tout devant la scène, au milieu du décor, afin de prodiguer au reste de l’assemblée une chorégraphie de l’instant. Les voir s’exprimer ainsi était très inspirant. Voir le DJ prendre autant son pied grâce au public est assez rare pour être souligné. Que dire du summum atteint lors de la fin de son set avec avec un son techno lo-fi jouissif où les couches rythmiques n’en finissent plus de se superposer nous enveloppant dans une grande boom sexy-moite-cosmique !

C_C ta barbe était aussi large que tes talents. Sur les talons j’ai scruté tes doigts qui sur les machines grises faisait des miracles. Ton bruit en sortait tel un torrent de lave, nous nous en enduisions sans trop crier, trop chauds pour brûler. Ce que nous ressentions n’était que du plaisir. Tandis que tu repoussais la musique dans ses retranchements et faisait derrière toi quelques heureux. Se rapprochant de l’essence de ta création, fermant les yeux, puis dansant avec une intensité rare. Un seul mètre carré de surface pour tant de déploiement c’est quand même impressionnant, je me focalisais sur leurs paupières closes et ressentait l’immensité du monde autour. Pour ce panel de sons et d’émotions nous te remercions Visions.

Un petit voyage sous-terrain nous a mené jusque Madame Patate et sa caisse de jouets malicieux, ses bruits belliqueux, le public sonné par les éclats instrumentaux d’une création onirique, omnipotente, rentrait ici dans un rêve. L’installation associée de Marc De Blanchard, à base de miroirs, de sources lumineuses, de bobines et de filtres, rendait le tout magical avec une finesse à vous faire tomber des larmes allongé sur un sol doux, moelleux, accueillant.

Pour la journée du samedi on aurait pu aussi parler d’Avventur qui s’est chargé de commencer vaillant les hostilités, du très bon Raymonde se trompant sur sa machine puis recommençant avec le sourire, ou encore du finish de Vatican Shadow alternant entre le ridicule et le miraculeux… Et de tant d’autres tellement la programmation était incroyable. Mais aussi de la douch’box « où tout le monde chantait, terriblement mal, mais merveilleusement unis ! » témoigne Jeanne. Sur cette véritable 4e scène les talents émergents se sont révélés durant ces grandes nuits. Mais ce que l’on retiendra surtout c’est une atmosphère si apaisée, si créative, une parenthèse relevant du miracle, de la vie telle qu’on voudrait la vivre tous les jours. Quels artistes voudrons-nous y voir l’année prochaine ? « Le bruxellois Jardin » me dit Bastien. On pourait imaginer une floppé de noms, d’artistes novateurs, décompléxés et incroyablement fêtards. À l’image des festivaliers qui (re)vienront l’année prochaine, de corps si présents, si libres, si beaux à regarder, des corps se frictionnant contre les vibrations sonores. Le festival Visions cette année c’était comme « revoir la mer », c’était des corps avec des corps avec le son avec le vent avec l’océan avec tous les éléments à l’unisson.

@yinn.grab

Yinn Grab
Interne de psychiatrie dans une vie / dans l’autre : Radio VNL (reporter) – Club 40 (dernier rescapé) – Doux Divorce Records (directeur général)
greebopana.over-blog.com
Un partage = un bisou

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

For spam filtering purposes, please copy the number 2846 to the field below: